Dans les couloirs de Versailles, il y en avait des centaines comme lui. Appelons-le Henri. Fils d'un petit comte de province, il avait vendu les terres familiales pour s'acheter une place à la cour. En échange, il avait obtenu une chambre de six mètres carrés sous les combles, et un rôle qui ferait sourire n'importe qui : tenir le bougeoir du roi pendant son coucher.
In the corridors of Versailles, there were hundreds like him. Let's call him Henri. Son of a minor provincial count, he had sold the family lands to buy himself a place at court. In exchange, he had obtained a six-square-meter room under the eaves, and a role that would make anyone smile: holding the king's candlestick at bedtime.
Il volait parfois à ses valets de quoi se nourrir. La leçon fut retenue pour toujours, et son plan en découla directement.
Loin du roi, un prince, un duc pouvait comploter et entraîner ses réseaux provinciaux dans la révolte. À Versailles, il était trop occupé à surveiller son voisin, à guetter un sourire royal, à dépenser ses derniers écus pour paraître. Ce système fonctionna à merveille pendant cinquante ans. Un marquis revenant d'exil après une disgrâce le résuma mieux que personne : « Sire, loin de vous, on n'est pas seulement malheureux, on est ridicule. »
He sometimes stole from his servants to eat. The lesson stayed with him forever, and his plan followed directly from it.
Away from the king, a noble had time to plot. At Versailles, he was too busy watching his neighbor, waiting for a royal smile, spending his last coins to keep up appearances. This system worked perfectly for fifty years. A marquis returning from exile after disgrace summed it up: "Sire, far from you, one is not only unhappy — one is ridiculous."
Fouquet voulait éblouir.
Le roi regardait déjà comment punir.
Fouquet wanted to dazzle.
The king was already thinking about revenge.
Le 17 août 1661, Nicolas Fouquet, surintendant des Finances, en d'autres termes le ministre qui tenait les cordons de la bourse du royaume, invita le roi dans son château de Vaux-le-Vicomte. Six mille assiettes et quatre cents plats en argent massif. La Fontaine, Molière, Le Nôtre, des feux d'artifice. Le plus beau château de France. Fouquet voulait éblouir son roi. Ce soir-là, les yeux de Louis XIV brillaient du plaisir de la vengeance. Il savait déjà que Fouquet était perdu.
Trois semaines plus tard, à Nantes, le commandant des mousquetaires attendait à la porte du Conseil. Quand Fouquet sortit, il l'arrêta. L'écureuil, emblème de la famille Fouquet, était en cage. Il mourut emprisonné dix-neuf ans plus tard dans la forteresse de Pignerol, emportant dans la tombe bien des secrets qui auraient stupéfié le roi.
On August 17th, 1661, Nicolas Fouquet, the finance minister, invited the king to his château at Vaux-le-Vicomte. Six thousand plates and four hundred dishes in solid silver. La Fontaine, Molière, Le Nôtre, fireworks. The most beautiful château in France. Fouquet wanted to dazzle his king. That evening, Louis XIV's eyes were shining with the pleasure of revenge. He already knew that Fouquet was finished.
Three weeks later, in Nantes, the commander of the musketeers waited outside the Council chamber. When Fouquet came out, he arrested him. The squirrel, emblem of the Fouquet family, was in its cage. He died imprisoned nineteen years later in the fortress of Pignerol, taking to his grave secrets that would have stunned the king.
La journée du roi était minutée, réglée comme du papier à musique. Saint-Simon, un duc qui observait tout depuis les couloirs, écrivit qu'avec une montre et un almanach, on pouvait, à 300 lieues du roi, dire ce qu'il faisait. Le lever, la messe, le Conseil, la chasse, le souper, le coucher. Chaque moment avait ses privilégiés, ses entrées, ses exclus.
The king's day was timed to the minute, regulated like clockwork. Saint-Simon, a duke who observed everything from the corridors, wrote that with a watch and an almanac, 300 leagues from the king, you could know exactly what he was doing. The rising, mass, Council, hunt, supper, bedtime. Each moment had its privileged guests, its entrances, its excluded.
En 1685, Louis XIV signa la révocation de l'édit de Nantes, en d'autres termes la suppression de la loi signée par Henri IV en 1598 qui permettait aux protestants de pratiquer librement leur foi. Ses conseillers lui avaient affirmé qu'il ne restait presque plus de protestants en France. Il les crut. Ce qu'il avait mal calculé : environ 300 000 Français, parmi les meilleurs artisans, banquiers et commerçants du royaume, prirent la route de l'exil. Ils emportèrent leur savoir-faire en Hollande, en Prusse, en Angleterre.
Ce qu'il dit à son arrière-petit-fils de cinq ans, sur son lit de mort
Le 1er septembre 1715, Louis XIV mourut après cinquante-quatre ans de règne, le plus long de l'histoire de France. Les caisses du royaume étaient vides. Le produit de l'impôt pour plusieurs années était déjà dépensé. Il fit venir le futur Louis XV, un enfant de cinq ans.
Environ huit millions de personnes visitent Versailles chaque année. Elles font la queue devant la galerie des glaces, pique-niquent dans les jardins que Le Nôtre avait dessinés, photographient la chambre du roi. Parmi eux, combien savent que des ducs attendaient là des heures pour l'honneur d'une conversation sur la chaise percée royale ? Ou que 300 000 artisans prirent un jour la route de l'exil parce que le roi les avait mal comptés ?
In 1685, Louis XIV signed the revocation of the Edict of Nantes, meaning the abolition of the law signed by Henri IV in 1598 allowing Protestants to freely practice their faith. His advisors had assured him that almost no Protestants remained in France. He believed them. What he had not foreseen: 300,000 French people, among the kingdom's finest craftsmen, bankers and merchants, took the road into exile. They took their skills to Holland, Prussia, England.
What he said to his five-year-old great-grandson on his deathbed
On September 1st, 1715, Louis XIV died after fifty-four years of reign, the longest in French history. The kingdom's coffers were empty. Years of future tax revenue had already been spent. He had the future Louis XV brought in, a five-year-old child.
Around eight million people visit Versailles every year. They queue in front of the Hall of Mirrors, picnic in the gardens Le Nôtre had designed, photograph the king's bedroom. Of all those visitors, how many know that dukes waited there for hours for the privilege of a conversation at the royal toilet? Or that 300,000 craftsmen one day took the road into exile because the king had miscounted them?
Tu viens de le vivre.
Qu'est-ce qui t'a marqué ?
You just lived through fifty-four years of reign.
Do you remember it?