Dans le faubourg Saint-Antoine, il y avait des centaines d'hommes comme lui. Appelons-le Gilles. Cordonnier, en clair artisan qui fabrique et répare les chaussures, il réparait des semelles depuis l'âge de douze ans. Sa femme était enceinte de sept mois. Trois semaines que les clients avaient cessé de venir.
In the Faubourg Saint-Antoine, there were hundreds of men like him. Let's call him Gilles. A cobbler by trade, he had been mending soles since the age of twelve. His wife was seven months pregnant. He had had no work for three weeks.
Le 11 juillet, Louis XVI avait renvoyé Necker, le seul ministre que le peuple aimait encore.
Le lendemain, au Palais-Royal, Camille Desmoulins prit la parole devant la foule. Il bégayait. Ce jour-là, peu importait. « Aux armes ! Ils ont renvoyé Necker ! On prépare un massacre ! » La foule courut vers les jardins des Tuileries.
Quarante barrières d'octroi, autrement dit les postes où l'on payait pour entrer dans Paris, brûlaient aux portes de la ville. Partout, on cherchait des armes. La peur courait dans les rues : le roi allait lancer ses soldats sur la ville.
Un fourrier nommé Labarthe cria dans les rues : « Il y a des armes à la Bastille ! »
On July 11th, Louis XVI had dismissed Necker, the only minister the people still trusted.
The next day, at the Palais-Royal, Camille Desmoulins spoke to the crowd. He stuttered, but that day it did not matter. "To arms! They've dismissed Necker! A massacre of patriots is being prepared!" The crowd flooded into the Tuileries gardens.
Forty toll barriers across Paris had been looted and burned. One fear was spreading door to door: the king was going to order the foreign troops surrounding Paris to attack.
A quartermaster named Labarthe shouted in the streets: "There are weapons at the Bastille!"
Leur seul but : les 30 000 fusils stockés dans cette vieille prison, et les 125 barils de poudre. Se défendre cette nuit. Voilà tout.
À 13h30, la foule pénétra dans la première cour. Quatre-vingt-deux invalides, en français ordinaire de vieux soldats mis à la retraite, ce qui n'était guère rassurant pour personne, et trente-deux Suisses la gardaient. Le pont-levis était relevé. Deux hommes, à coups de hache, brisèrent les chaînes.
C'est là seulement que le gouverneur, le marquis de Launay, donna l'ordre de tirer. Les premiers rangs tombèrent. Un cri traversa la masse : « Trahison ! La Bastille tire sur ses Parisiens ! »
One goal: the 30,000 muskets stored inside, and the 125 barrels of gunpowder. To defend themselves that night. That was all.
At 1:30 pm, the crowd entered the first courtyard. Eighty-two invalids — old soldiers put out to pasture — and thirty-two Swiss guards defended it. The drawbridge was up. Two men broke the chains with axe blows.
Only then did the governor, the Marquis de Launay, give the order to fire. The front rows fell. A cry swept through the crowd: "Treason! The Bastille is firing on its Parisians!"
À 17 heures, Launay capitula, contre la promesse d'avoir la vie sauve. Les portes s'ouvrirent. En chemin vers l'Hôtel de Ville, la foule le tua. Sa tête fut plantée au bout d'une pique. Le prévôt Flesselles eut le même sort. Un cuisinier ivre nommé Desnots se chargea du reste. Paris regarda la scène, stupéfait. Et à l'intérieur des murs, la foule découvrit ce qu'elle était venue libérer.
At five in the afternoon, Launay surrendered, promised his life would be spared. The gates opened. On the way to City Hall, the crowd killed him. His head was raised on a pike. The provost Flesselles met the same fate. A drunk cook named Desnots handled the rest. Paris watched, stunned. And inside the walls, the crowd discovered what it had come to free.
À l'intérieur, la foule découvrit sept prisonniers.
Inside, the crowd found seven prisoners.
Ce que la foule a trouvé derrière les portes
What the crowd found behind the doors
La Bastille contenait sept prisonniers. Quatre faussaires, deux fous, un débauché et un sadique. Sa démolition était déjà prévue, personne ne la trouvait belle. Ce que la foule avait vraiment abattu ce matin-là, c'était autre chose : le symbole d'un pouvoir qui emprisonnait par lettre de cachet, en d'autres termes un ordre du roi, sans jugement, sans témoin, sans recours possible.
The Bastille held seven prisoners. Four forgers, two madmen, a libertine and a sadist. Its demolition was already planned. What the crowd had really destroyed that morning was something else: the symbol of a power that could imprison anyone by royal warrant — no trial, no witness, no appeal.
Ce soir-là, à Versailles, Louis XVI s'était endormi après quelques heures de chasse. Pendant que Paris brûlait, il avait noté sa journée dans son carnet.
Un duc le réveilla au milieu de la nuit. « Sire, la Bastille a été prise. Le gouverneur a été tué. Sa tête est portée dans la ville au bout d'une pique. » Louis XVI se redressa : « C'est une révolte ! » Et le duc de La Rochefoucauld-Liancourt lui donna cette réplique que l'histoire a retenue pour toujours : « Non, Sire. C'est une révolution. »
That evening at Versailles, Louis XVI had fallen asleep after a few hours of hunting. While Paris was burning, he had written his diary entry for the day.
A duke woke him in the night. "Sire, the Bastille has been taken. The governor was murdered. His head has been carried through the city on a pike." Louis XVI sat up: "But this is a revolt!" And the Duke of La Rochefoucauld-Liancourt gave him the reply history kept: "No, Sire. It is a revolution."
Tu viens de le vivre.
Qu'est-ce qui t'a marqué ?
You just lived through it.
What stayed with you?